La voie s'élève dès les premiers kilomètres afin de quitter le fjord de Rombak… A Bjørnfjell (dernière gare norvégienne), la lumière " rend bien ", ce qui permet de faire une photo. A Riksgränsen, le mécanicien norvégien laisse le manche à son collègue suédois qui avait pourtant pris place parmi les voyageurs à Narvik. Un échange de conducteurs au milieu de nul part, dans une gare où se trouve seulement la voie principale. La frontière a été franchie juste avant dans la galerie. Les drapeaux des deux pays respectifs sont peints sur le lambris pare-neige. Pas l'ombre d'un douanier dans cette contrée reculée. Nous croisons le 94 Stockholm - Narvik puis à la gare suivante un train de minerai. Ces derniers se font rares depuis ce matin ; la cause serait-elle " l'intense " trafic voyageur à cette heure-ci ? Les paysages traversés sont vraiment splendides et - enfin - différents de ceux déjà rencontrés. Pendant de nombreux kilomètres, nous longeons le Tornträsk, un bien joli lac surmonté des sommets enneigés. Après un bon moment sans avoir rencontré une seule habitation, nous apercevons au loin une fumée blanche. Elle provient des installations minières de Kiruna. Vu le temps splendide qui règne, nous décidons à la hâte de descendre ici faire quelques photos, puis reprendre le second (et dernier !) train, celui de nuit à destination de Stockholm. Les quelques minutes d'arrêts du 91 permettent de l'immortaliser sur la pellicule avec une superbe lumière. Nous prenons un taxi pour revenir quelques kilomètres en arrière vers un " coin photos ", après un rapide passage par le centre-ville afin de retirer quelques couronnes suédoises (SEK), histoire de payer entre-autre notre chauffeur ! Seulement voilà, le temps d'arriver là-bas, le seul nuage de type cirrus (donc très large, et ayant la fâcheuse tendance à s'étaler) commence à masquer le soleil. C'est vraiment la poisse ! Au bout d'une heure environ, nous arrivons quand même à " faire " le train de voyageur n° 96 Luleå - Narvik avec un semblant d'éclaircie. " Ils vont bien lâcher un convoi de minerai après ! ". Mais c'est peine perdue… Le temps passe, le soleil tourne, les ombres s'allongent. Las ! il faut maintenant songer rentrer bredouilles. C'est le comble ! Le trafic fret représente la grande majorité des convois de cette ligne, et finalement nous n'aurons que des photos de trains de voyageurs. Nous reprenons les sacs à dos, direction la gare. Un convoi vide (venant de Narvik) finit par passer, mais celui-ci est à contre-jour. Mais au loin, un train semble partir vers le littoral norvégien. C'est la course à travers un champ marécageux - où j'en profite pour prendre l'eau - jusqu'à la plate-forme d'un petit wagon plat à quelques pas du dépôt. La lumière est encore bonne en 250, quoiqu'on verra bien au développement… Clic-clac ! , la IORE 105/106 et sa longue et lourde rame rejoindront le reste des autres clichés. Enfin, mission accomplie !
Il faut remonter deux faisceaux pour arriver en gare. Un train, avec une machine triple, arrivant de l'antenne de Spappavaara, vient stationner en attendant la relève par un autre conducteur. La lumière semble encore bonne, on tente le coup. Il est vrai que sous ces latitudes, le soleil n'en finit pas de se lever, et n'en finit pas de se coucher. Toute la journée, les ombres sont longues, la lumière est rasante sans pour autant qu'elle soit faible.
Enfin, nous arrivons en gare où nous attendent deux Öl Karhu de 50 cl bien méritées… La visite de la ville n'en valait pas la peine. En effet, Kiruna est une agglomération champignon, construite au milieu de nulle part, ne comportant pratiquement que des cités dortoirs sans caractère. C'est donc sans regrets que nous la quittons, direction Luleå.
Une fois dépassées les installations ferroviaires et minières, le train n° 93 traverse les mêmes paysages désertiques rencontrés avant Kiruna. La nuit est maintenant bien tombée ; malgré tout, le clair de lune particulièrement lumineux permet d'observer la végétation se découper sur les petits sommets alentours. Il ne doit pas faire bien chaud dehors ! A Gällivare, le diesel T43-243 des TGOJ manœuvre une rame de conteneurs en gare alors qu'une Rc6 du même opérateur arrive sur la voie contiguë. Plus loin, nous croisons une autre Rc6, mais cette fois-ci de Green Cargo avec un train de fret plus conventionnel. A Boden, notre rame est scindée : les deux premières voitures continuent sur Luleå, les trois suivantes sont raccordées au Luleå - Stockholm. Après cette brève manœuvre, notre courte rame poursuit son chemin, et enfin, une demi-heure plus tard nous arrivons au terme de la ligne. Ce seront nos derniers kilomètres en train sur le territoire suédois, puisque c'est en bus que nous rejoindrons la Finlande. Il pleut, mais la température n'est pas négative. Nous sommes, il est vrai, dans une ville portuaire comme nous le rappelle entre autre l'air légèrement iodé. Nous rejoignons notre confortable hôtel situé à une centaine de mètres de la gare.
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